Julien HARAN, CIRAD-CBGP

Mardi 16 juin 2026, 14:00, Grande salle de réunion + direct sur Youtube


 

Approche naturaliste et sciences biologiques : reconnaître, décrire et organiser pour mieux comprendre le vivant

Quelle est cette espèce ? Quel est son régime alimentaire ? Quelle est sa répartition ? Autant de questions en apparence élémentaires dans les sciences biologiques, puisqu’elles constituent un préalable à toute construction de savoir. Pourtant, malgré la disponibilité d’un large panel d’approches méthodologiques et l’expression d’un besoin croissant de la part de la société et de la communauté scientifique pour une meilleure connaissance de la biodiversité, les forces vives et les disciplines pour fournir ce type de données n’ont jamais été autant menacées. Que s’est-il passé et comment y remédier ?

Dans ce mémoire, je propose une réflexion sur la place de l’approche naturaliste – ou plus généralement des sciences dites descriptives – en biologie, problématique qui constitue le fil conducteur de mes recherches. Dans un premier temps, j’évoquerai les évolutions techniques et les paradigmes de la recherche en biologie qui ont conduit à une éviction des compétences naturalistes et à leurs conséquences sur notre capacité collective à appréhender la diversité du vivant. Je développerai ensuite plusieurs exemples concrets puisés dans mes travaux pour illustrer comment l’observation et la description de la biodiversité reste un levier fondamental pour la compréhension des phénomènes biologiques. Par cette démarche d’accumulation patiente d’observations, l’approche naturaliste enrichit le champ d’interprétation en connectant chaque phénomène à un réseau de dimensions écologiques, fonctionnelles ou évolutives, révélant ainsi les continuités comme les ruptures dans les processus du vivant, elles-mêmes à la base de l’intuition du biologiste.

Au fil de ma carrière de taxonomiste et systématicien des coléoptères Curculionidae, la simple observation et la description des systèmes ont constitués des points de départ décisifs pour repenser la gestion de certains ravageurs, pour l’exploration de phénomènes de sauts de niche écologique, de transitions de l’antagonisme vers le mutualisme dans un contexte de pollinisation ou encore de résistance aux températures extrêmes chez les insectes. Je finirai ce mémoire par une proposition de feuille de route pratique pour réintégrer l’approche naturaliste aux sciences biologiques, notamment à travers la formation d’étudiants, l’utilisation adaptée des outils moléculaires et une réévaluation de l’utilité scientifique et sociale de ces compétences.